|
La main
Ecrivaine à mes heures, je rêve depuis longtemps de marquer de mes textes des photographies. Il y a dans l'instant de celles-ci une telle intensité immortalisée. Elles sont les témoins et miroirs de nos secondes de vie échappées. Et selon l'observateur, elles ont telle ou telle couleur, telle ou telle signature. Il me fallait croiser l'il averti et la sensibilité qui me correspondent. Le regard et l'approche de Patrick sur les personnes, le monde m'ont séduite, dès le départ. Le rencontrer, et échanger avec lui a confirmé une humanité, une simplicité, un respect et une pensée en concordance avec mes valeurs. Alors, pour le plaisir, nous avons convenu de mêler nos modes d'expression. Une occasion s'est présentée. En parcourant ses photos, Patrick a remarqué combien la main, les mains étaient présentes. Par ce dossier, il a voulu leur rendre hommage. Et il m'a passé la main pour introduire son propos, et je m'y suis prêtée avec joie !
Quoi de plus courant, quoi de plus humain qu'une main ! L'on dit souvent que les mains "parlent". Elles parlent à notre insu parce qu'à un moment donné, nous ne pensons plus à les contrôler, à les cadenasser. S'il nous arrive de les tortiller, de les retenir, elles ne le sont jamais bien longtemps ! Elles se défilent et nous disent en vérité.
Photographier c'est toucher, à distance. Toucher au sens affectif, à défaut de pouvoir toucher physiquement. Toucher reste tabou, en tout cas chez nous. Et pourtant, il s'agit d'un acte vital à l'homme. La main, à elle seule, est histoire, elle dit nos histoires. Extension d'intelligence et d'émotions, la main est partout. Dans nos creux et nos meilleurs.
La main est caresse, consolation, soin, union et partage. Elle est ponctuation d'une pensée, question, interpellation, conviction, limite. Il lui arrive d'être injure, menace et parjure. Elle est danse, appui à la marche. La main est repas. Elle est labeur. La main salue. La main joue. Elle se retrouve marionnette, petite bête qui monte qui monte
Avec le bras, elle est équilibre, étreinte, élan. A eux deux, ils peuvent être leviers de violence, actes de meurtre. Mais ils récoltent aussi et surtout grappes de raisins, fruits d'été et d'automne, légumes en nos jardins. La main allume les bougies sur le gâteau, qu'elle découpe en quartiers gourmands. Elle se pose sur le front pour apaiser. Elle essuie les larmes et censure la honte. Elle s'enduit d'huile pour masser. La main écrit. Jointes, elles sont en prière. La main pétrit la pâte et lève son verre. La main est cordée, coup de main. Elle est amitié. Elle est amour. Communs et si essentiels. Elle est encore ce que nous y mettrons de personnel et de conscient.
Nathalie Louis |
|
|