Dans cette marée humaine, le regard d'un jeune garçon trisomique me fascine. Je suppose que c'est son père qui lui suggère de me regarder. Une photo; un sourire vers ce type de visage caractéristique qui toujours m'intrigue et dont les traits ronds et sereins contrastent avec le reste du flot humain; et voilà, maintenant, je plonge. Je pivote difficilement et marche à reculons devant un groupe particulièrement vociférant; compressé par la foule, mon désir de photographier les visages de près n'est plus en fait que ma seule alternative. Je fais un effort pour me dégage un peu, attiré par les slogans émanant d'une voiture-ampli, le coffre grand ouvert, où un micro donne l'occasion à celui qui le veut, d'exprimer ses idées du jour. Un jeune fille, assez jolie, crie de sa bouche sensuelle, "Vendu, l'Europe ! Où es-tu, l'assassin", et d'autres du même acabit dirigé contre "le peuple choisi". Me trouvant sans doute trop insistant, elle porte sa main devant mon objectif, main qu'alors, je trouve belle à photographier. C'est au tour des enfants de crier, agitant avec des sourires innocents des poupées artificiellement ensanglantées symbolisant les enfants morts de Gaza et pour lesquels la tristesse intrinsèque à leur drame personnel m'avait obligé de garder le silence sur le quai ce midi. Homme chapeauté en conversation, peut-être un juif - la haine d'Israël ne les épargnent pas -, haine tout aussi internationale que la langue anglaise utilisée ici et savamment rimée dans le "Go to hell, Israel", inscrit sur un calicot et derrière lequel un homme se cache, une étoile de David dégoulinante de rouge lui servant ainsi de visage. Panneau étendard fièrement porté exhibant le visage rond de Nasrallah; petite vieille dame bruxelloise souriante;…

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