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AUTRES TEXTES
Textes et
photographies
(JANVIER 2009)
(LIRE)
Chronique
photographique.
Manifestation du
11/01/09 à Bruxelles
contre la guerre
à Gaza
(JANVIER 2009)
(LIRE)
Mais où est donc passé l'art ?
(SEPTEMBRE 2008)
(LIRE)
Pourquoi un photographe écrirait-il sur ses photographies ?
(SEPTEMBRE 2008)
(LIRE)
Pour un commencement authentique.
(MAI 2008)
(LIRE)
Le photographe comme "passeur de temps".
(AVRIL 2008)
(LIRE)
On est là !
(MARS 2008)
(LIRE)
La réalité et le photographe : une approche interprétative de l'essence.
(FEVRIER 2008)
(LIRE)
Essai sur le Principe d'incertitude d'Heisenberg appliqué à la photographie.
(JANVIER 2008)
(LIRE)
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Textes et photographies :
(JANVIER 2009)
Il y a toujours une autre photographie en dehors d'une photographie. Photographier c'est choisir, isoler, cadrer
Mais parfois on peut choisir d'inclure ce qui n'est pas choisi, isoler en élargissant bien au-delà de ce qu'on désire isoler et cadrer en gardant ce qui est supposé rester en dehors du cadre. Sur ma planche-contact, juste à la suite de cette prise de vue, il existe une autre version de cette photographie, cadrée uniquement sur la belle et simple posture du père et de son jeune fils. Pourtant c'est celle-ci que je préfère. Elle me parle du monde au-delà d'elle-même, monde dans lequel cette photographie fut désirée, conçue et où, enfin, elle vit le jour
monde dans lequel, aussi, je vis.
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Je devais avoir 17 ans, 1973, sur un terrain vague à Nimy, en Belgique. La coupe de cheveux, le costume, les gants et puis son regard, une sorte "d'aristocrate de la ferraille", de "rocker de la récup", empli de dignité et de tendresse. Après cette photographie, nous sommes entrés dans une camionnette qu'il avait transformé en volière. Sa passion, les canaris ! Là, soigneusement protégé par ses mains nues, il me présenta un de ses volatiles favoris, un chanteur hors pair, esprit libre dans une maison de fer.
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Par-delà les considérations esthétiques, poétiques ou même géographiques et géologiques, la photographie de paysages nest elle pas simplement une autre manière de dire mais sans mot : on est là ? Oui, cest cela ! Chaque photographie de paysages est une marque de notre existence dans le monde. Ce type de photographies, pratiqué très souvent dans la solitude et le calme, stimule ma réflexion. Bien évidemment, cela ne me permet pas de trouver réponses à toutes mes questions. Je ne sais toujours pas complètement qui je suis, ni doù je viens, ni où j'irai. Ma seule certitude aujourdhui est que on est là. Le déclenchement photographique et tout particulièrement celui pratiqué devant un paysage me donne la possibilité dexprimer et dinterpréter, avec un intérêt toujours renouvelé, cette simple certitude.
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Je revenais de mon premier voyage dans les Hautes Terres d'Ecosse, au début de l'année 2001. Quittant lentement Kingston-Upon-Hull, je pris cette photographie comme on dit "au revoir et à bientôt", laissant mes yeux souffler un peu après cette crise aiguë de boulimie photographique qu'avaient été les trois dernières semaines, profitant d'un paysage de fin de journée à l'horizon tranquille et en contraste total avec les terres déchirées que ce matin-là encore je parcourais.
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C'est juché sur le toit de la cabine de son bateau que je pris cette photographie de Jerry. Pêcheur solitaire rencontré juste la veille à son retour au port écossais d'Ullapool, Jerry me semblait, du haut de cet observatoire instable d'à peine deux mètres carrés et sur lequel il avait hésité à me laisser grimper, un homme bien dans son élément. Pourtant c'est avec une dose certaine d'auto-ironie qu'il comparait tout ce que j'estimais de magnifique dans son travail à rien de plus que celui qu'un singe bien entraîné aurait, tout aussi bien, put accomplir. C'est dans un état dominé par de sombres réflexions dans lequel ses paroles m'avaient plongé, qu'un cris aussi soudain que fort, en me transperçant du haut en bas, me fit frissonner à tel point que j'en faillis perdre l'équilibre. Le doigt pointé vers un endroit précis de l'horizon et les yeux émerveillés comme seul les êtres humains en sont capables, Jerry, exalté par le plaisir évident de pouvoir partager le sien avec moi, lança de nouveau, avec une intensité décuplée, son cri émouvant : "Killer Whale !.
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Lorsque j'ai décidé, fin de l'année 2000, de revenir à la photographie, mon regard s'est d'abord tourné vers l'Ecosse. J'avais besoin de faire une retraite et pour cela il me fallait partir, aller vers
Cette terre d'Ecosse qui est aussi un ciel et une mer incarnait à mes yeux l'idée de dernière frontière au-delà de laquelle s'étalait l'inconnu. C'était réapprendre à marcher, re-tenter des premiers pas sur un chemin solitaire et incertain
Depuis, je marche toujours !
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Sous chapiteau pendant un réveil religieux dune église évangélique belge. On tend la main pour donner ou recevoir; on lélève dans une symbolique ancestrale où le ciel est source de bénédictions. Le photographe, lui, frôle les corps, entend les cris de joie et les pleurs, hume les odeurs humaines emplissant le temple portatif. Il est pleinement là sans participer et pleinement participant sans sembler être là. Cest dans ce corps à corps avec lautre que la bénédiction photographique peut, parfois, lui être octroyée.
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Photographier des musiciens de jazz est comme jouer d'un instrument dont les sons seraient des images. La proximité et l'intimité de "la balance" aidantes, j'accompagne, entoure, approche, hésite, prend des détours, intériorise les douleurs de cet enfantement improvisé jusqu'au moment où, la mécanique discrète du Leica répondant à la légère pression dermique, je marque le geste éphémère de l'empreinte du temps.
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Je me sens souvent porté, en prise de vue, à chercher une distance minimale entre l'appareil et le sujet photographié, distance qui me permet à la fois d'être suffisamment proche pour une compréhension intime et assez en retrait pour une non- (ou moindre) perturbation. Je ne sais jamais ce que cette distance sera ; quelques centimètres, un mètre, quelques-uns ? C'est un "calcul" nourri de doute et d'incertitude, un compromis "à la Heisenberg", qui se fait dans l'instantanéité, avec ou sans préméditation, déterminé parfois par la crainte de "ruiner" une situation au potentiel photographique, parfois par l'exaltation de se sentir presque invisible.
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Des enfants lâchent la main de leur mère et se laissent dévaler au fond des cratères. D'autres prennent d'assaut les blocs de béton renversés tandis que les adultes lisent et commentent des plaquettes informatives sur les stratégies d'attaque et de défense. Moi qui préfère être seul pour photographier, je demande à ma fille d'aller de son côté, elle qui a encore les yeux alourdis par une nuit passée dans la voiture, le corps à peine réchauffé par un petit-déjeuner tiède. Mais enfin, la guerre n'est-elle pas sur de la solitude ? Déjà minuscule dans le paysage, je quitte ma fille des yeux et commence à photographier la destruction.
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Parfois, on retient son souffle, on s'élève légèrement de façon à tenir sur la pointe des pieds mais dans un certain équilibre, à la recherche d'une zone photographique entre immobilité et mouvement, entre relâchement et tension, entre méditation et action, entre composition et le frissonnement des sensations
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En juin 2005, je suis resté 2 semaines à Srebrenica, en Bosnie Herzégovine. C'était un peu avant l'époque des commémorations du dixième anniversaire de la chute de Srebrenica. Je revenais d'avoir rencontré une famille serbe récemment réinstallée dans un hameau sur les collines avoisinantes. Cela avait été une expérience difficile pour Amra, une jeune musulmane qui était ma traductrice et interprète. Son père et son frère comptaient parmi les 8000 victimes des massacres de 1995. En redescendant de la colline, je pris cette photographie du printemps qui s'annonçait dans la vallée. Au loin, les premières maisons du village, vidées il y a dix ans déjà, restent toujours abandonnées.
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Après plusieurs heures dautoroutes croates monotones, je prends vers le sud et passe en Bosnie. En guise de poste frontière, cest une petite cahute aux vitres embuées doù émerge, par endroits, un patchwork de photos didentité, visages de criminels de guerre en fuite, qui mouvre les portes de Bosanski S&Mac255;amac. Dun seul coup et sans retenue, la ville dévoile le récent passé guerrier de la Bosnie. Cest choquant et instantanément boueux. En route pour Srebrenica, je longe plus ou moins lancienne ligne de front qui séparait, il y a dix ans, les Serbes des forces croates et bosniaques. La petite route de campagne est parsemée de ruines. Celle-ci attire particulièrement mon attention avec ses deux grands yeux assombris, vidés de la moindre parcelle de vie qui, un jour certainement, avait dû donner à ce visage de briques un air dhumanité.
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Un portrait est une rencontre avec une intention particulière. "Prendre" un portrait, c'est voler sans que rien ne disparaisse une fois le larcin commis; c'est photographier avec insistance dans un endroit restreint sans que rien, ou très peu, ne soit perturbé. C'est insérer un regard entre l'apparence du sujet photographié et son immatérialité, regard qui, tel un frisson parcourant le corps, éveille à une autre dimension de l'être.
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De quoi s'agit-il ? De cette situation, quelle en est l'essence ? Comment trier sans ne rien laisser d'essentiel le côté ? Comment faire le vide mais tout y mettre ? Comment formuler une équation photographique fondée, d'une part, dans l'objectivité de la situation elle-même et, d'autre part, dans la subjectivité de ma perception en tant que photographe ? Que cela me soit imposé de l'extérieur par la situation ou de l'intérieur par ma perception, un cadrage particulier prévaut, cadrage qui me permettra d'appréhender un peu mieux "l'essence de la situation".
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Après deux heures de déambulation photographique dans le quartier juif d'Anvers, je passe par le Stadsparc pour laisser mon appareil s'oxygéner. Au détour d'in buisson, cet homme allongé sur un banc me surprend. Bien que conscient d'être celui qui se déplace, l'esprit de ce dormeur voguant sur les courants du rêve me donne l'impression que c'est lui qui, emporté par la houle, flotte à côté de moi. Tandis que le voyageur somnambule semble paisiblement s'éloigner, tout en marchant et ne le quittant pas des yeux, je vise sans précipitation pour contrôler, au moins un peu, la justesse de mon regard, mais avec la rapidité instinctive propice à ce genre de rencontre soudaine.
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Accompagné par quelques-uns des stagiaires auxquels j'avais essayé de donner, ce matin-là, certaines notions d'un enseignement photographique de mon cru, enseignement que chacun tentait maintenant de mettre en pratique, je m'éclipsais d'un conversation didactique pendant un court instant afin, qu'à la suite d'une ou de deux profondes respirations destinées à favoriser la concentration, je puisse saisir les effets du vent dans ce sac-poubelle. Je rejoignis le groupe et nous continuâmes notre chemin. Maintenant, avec ce tirage en main, je m'interroge sur ce qu'instruire à la photographie veut vraiment dire. Est-ce, comme suggéré par le dictionnaire, former l'esprit par un enseignement et des leçons ? Sans aucun doute mais n'est-il pas de meilleur instructeur que la voix intérieure qui pousse chacun, souvent au détriment des conventions, à suivre sa propre voie ? Réflexions faites, ce que j'avais probablement fait de plus instructif ce jour-là était de quitter tout le monde et suivre le vent sur les ondulations d'un sac en plastique.
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Dans le train pour Bruxelles. Je préparais mon voyage en Israël et l'étude de ce pays monopolisait l'ensemble de mes facultés intellectuelles. Pourtant, il y a des livres qui ne se lisent pas avec la tête même si c'est bien, comme pour ceux de papier, avec les yeux qu'on les dévore. Ceux-ci comme ceux-là se tiennent face à vous, neufs et immaculés à votre regard, se parant des plus beaux atours de la nouveauté, pour se laisser ensuite ouvrir ou aborder dans un doux jeu de dévoilements de secrets suivis de retraits silencieux. Mais ce jour-là
absence ! Le livre de papier était mon unique compagnon, m'emmenant solitairement quelques pas plus avant sur le chemin de la longue quête identitaire qu'il me contait.
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Autoportrait, un dimanche de pluie et de neige fondante, dans une cafétéria à Bruxelles. Quand j'étais enfant, j'aimais regarder par la fenêtre la pluie qui tombait et qui battait la vitre d'un son clair et régulier. Je restais dans mon lit et, la chambre n'étant jamais vraiment chauffée, sous la couverture était certainement le meilleur endroit où se trouver. Je n'ai pas repensé à ces souvenirs d'enfance quand j'ai pris cette photographie. J'étais là pour m'abriter, pour me réchauffer car, avec le temps, je suppose que j'ai dû apprendre à sortir de ma couverture. A quoi bon vous parler de tout ce qui se passait en moi ce jour-là ! Je vous livre simplement un portrait qui n'en est pas vraiment un dans lequel vous pouvez même, si cela vous tente, y mettre un peu de vous-même.
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Au contact du monde, le poète se gorge de sensations et d'émotions qu'il restitue alors, une fois passé par les méandres de son imagination créatrice, en une forme littéraire aussi brève que prompte à élever l'âme humaine. Le reporter-photographe peut également être un poète, mais le temps pour l'imagination lui fait presque toujours défaut. Alors quil est bousculé par les réalités bien concrètes du monde, il s'opère chez lui une sensibilisation instantanée à un fait de l'existence où surgit, de manière éphémère, le caractère poétique de la vie. Le photographe saisit alors ce fait comme on espérerait pouvoir saisir une étincelle de feu afin que celle-ci ne perde jamais son pouvoir ardent. Ce saisissement par le temps et lespace photographique du caractère poétique de lexistence est ce que jappelle "la constatation du fait photopoétique".
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Il y a longtemps, certains livres anciens nous l'attestent, Les Hébreux partirent d'Egypte pour trouver un centre d'existence. En ce soir de Pessa'h, je commémore avec les Yogev-Dotan, une famille de Mevaseret-Zion, le début de cette longue aventure. Entre un vieil homme qui a eu la chance de ne pas avoir eu son nom inscrit sur un de ces trop nombreux murs du souvenir de la Shoah, et une petit-fils absent, soldat hébreu qui, lui, n'as pas eu la chance de voir le sien sur la liste des permissionnaires pour ce jour de fête, je suis assis au côté d'une grand-mère aux belles mains. Accompagnant son geste mémorial avec mon appareil, moi, qui ne suis pas juif, je me sen bien ici, parmi eux !
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Contrairement aux peintres qui, sur la toile ou dans la réalité, avaient tout le loisir darranger harmonieusement les objets, cest aujourdhui sans manipulation et avec l'instantanéité propre au reportage photographique que les objets simposent au metteur en cadre que je suis. C'est en visite à Safed, terre sépulcrale des saints kabbalistes, où poussent aujourd'hui également le béton et l'acier, que cet arbre naissant, sorte de réminiscence du bûcher ardent biblique, devint le pivot de ma composition pour une nature morte, pas si morte
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Flux chaotique, enchevêtrement de lignes au destin individuel, contraintes par la force des choses à un espace commun un peu plus restreint encore par les limites du cadre de l'appareil photographique, la recherche d'un moment précis quand, le chaos suspendu le temps de l'obturation, les choses s'organisent, se placent, se parlent et se répondent, moment éphémère potentiellement poétique, peut-être même producteur de sens
Voilà une façon pour le photographe de passer son temps à faire uvre de "passeur de temps".
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Désert de Judée, sur les bords de la Mer Morte. Malgré la fatigue de la journée et celle annoncée pour le lendemain, je ne peux me résigner à prendre du repos. Demain, je gravirai Massada vers 5 heures par le Sentier du Serpent. Pour linstant, le soleil se prépare à passer la main et cest afin de courtiser un peu la montagne que je grimpe sur la colline voisine, jetant régulièrement un regard, dun côté, sur lillustre forteresse des Zélotes dEleazar ben Yaïr et, de lautre, sur la ligne dombre rapidement changeante qui balaie la montagne à cette heure du jour. Au-dessus de moi, un nuage voyage dans le silence.
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Désert de Judée, 5 heures du matin. Je pars pour pouvoir assister, du sommet de Massada, au lever de soleil sur fond de Mer Morte et de Jordanie voisine. Les juifs y montent pour prier. Symbole de la conscience nationale juive, Massada marque profondément l'imaginaire du voyageur que je suis. Egaré dans l'obscurité et obligé de me laisser glisser sur une pente abrupte et rugueuse, c'est maintenant mon corps que la montagne marque de longues traînées ensanglantées. De retour en bas vers dix heures, la chaleur est déjà étouffante et c'est à l'ombre de cette construction moderne que cet oiseau et moi cherchons à nous abriter du soleil. Mon dos meurtri, anesthésié jusque là par les impressions nouvelles de l'ascension, commence à se rappeler à moi
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Au mémorial Yad Vashem à Jérusalem. Cette prise de vue a été réalisée au travers d'une vitre sur laquelle est collée la photographie d'époque d'une foule faisant le salut hitlérien. Derrière cette vitre, des jeunes Israéliennes suivent un documentaire sur les camps de concentration. Le sens de lecture de gauche à droite, naturel pour un occidental, suit la direction donnée par les saluts. Nous pourrions, inconsciemment, assimiler à cette direction la notion de "futur" et cela nous donnerait alors l'impression que le regard des jeunes filles est dirigé vers le passé. Mais pour les hébraïstes, au sens de lecture à l'inverse du nôtre, ce regard - tout étant certainement dans les faits un effort de compréhension du passé - peut s'interpréter comme symboliquement pointant dans la direction de leur avenir. La complexité, dans cette photographie, due à la juxtaposition des possibilités de lectures illustre, pour moi, la non-moins complexe difficulté, éprouvée par beaucoup, à comprendre l'histoire récente d'Israël.
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Mon pied et la dune. Certaines photographies de paysages ne bénéficient pas du sentiment d'élévation naturelle inhérent à la présence d'un ciel. Elles sont attachées à la terre. "La terre, disait Henry Thoreau dans "Walden", n'est pas un simple fragment d'histoire morte
objet d'étude des géologues et des archéologues, mais de la poésie vivante". J'aime assez bien de marcher sur de la "poésie vivante".
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Nicole Collins, petite fée de la forêt aux connaissances inépuisables, véritable petite dame de compagnie de la grande Dame Nature, magicienne des brins d'herbe, je t'écoute, ne sachant pas toujours combler tous les sauts quantiques de ta pensée, témoins de la rapidité et de la complexité des réflexions qui habitent ton cerveau, sorte de vision chaotique mais passionnante des rapports qui devraient guider, selon toi, une entente harmonieuse et amoureuse de l'homme avec sa mère-nature. Je t'écouterais bien plus longtemps mais j'ai, moi aussi, un monde à faire tourner, pas très différent du tien d'ailleurs, et je dois te quitter. Merci encore pour ces quelques pas parcourus ensemble sur ce chemin aux multiples noms.
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Cest la tête emplie des images de lexposition consacrée au Worldview de Leonard Freed visitée cet après-midi là que je me balade le soir sur la plage de Scheveningen. Mais cest à luvre du finlandais Pentti Sammallahti, photographe remarquable rencontré quelques mois plus tôt lors de son exposition bruxelloise, à laquelle le chien me renvoie. La plage et son horizon me rappellent les errances dun Raymond Depardon. Quant à la bouteille en plastique enfouie dans le sable, propriété exclusive de ce chien, ce nest à aucun photographe connu quelle me fait penser.
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Un soir aux Pays-Bas. Sur la plage, les pieds du ciel font trempette dans la mer; les vagues aidées par le vent du large leurs donnent un assaut répété et tandis que je me débrouille pour que, dans les expirations agressives de la Mer du Nord, les miens ne prennent pas l'eau, le petit courageux Leica, bravant fièrement les rafales d'embrun, prend la photo.
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