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Essai sur le Principe d'incertitude d'Heisenberg appliqué à la photographie.
(JANVIER 2008)
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Essai sur le Principe d'incertitude d'Heisenberg appliqué à la démarche photographique.
(JANVIER 2008)
Pour mieux cerner la relation entre le Principe dincertitude dHeisenberg et la photographie, relation appliquée plus particulièrement à la recherche dune distance minimale de prise de vue, rappelons dabord, simplement et brièvement, ce que nous enseigne ce principe de physique quantique.
Premièrement, pour observer un phénomène, nous avons besoin de lumière. À léchelle de linfiniment petit, la lumière opère comme un bombardement de photons sur la particule observée. Celle-ci nen ressort pas indemne. Le seul fait dobserver une particule modifie sa position et sa vitesse de déplacement. Conclusion : linstrument de mesure perturbe le phénomène observé et modifie ainsi la mesure qui lexprime.
Deuxièmement, en dosant la quantité de lumière, on peut amoindrir ou accentuer la perturbation quelle entraîne. Plus de lumière sur la particule signifie plus de précision sur sa position mais moins sur sa vitesse et sa trajectoire initiale du fait, justement, de la grande quantité de perturbation. Moins de lumière sur la particule signifie plus de précision sur sa vitesse et sa trajectoire initiale, du fait de la plus petite quantité de perturbation, mais moins de précision sur sa position. De manière simplifiée, le Principe dincertitude dHeisenberg énonce donc quon ne peut pas connaître simultanément la position et la vitesse dune particule. Plus on connaît précisément sa position, plus grande est lincertitude sur la valeur de sa vitesse. Plus on connaît précisément sa vitesse, plus grande est lincertitude sur la valeur de sa position.
Troisièmement, et pour conclure cette trop brève exploration du Principe dincertitude, les limites de nos méthodes dobservation nous obligent à faire un choix qui sera toujours caractérisé par lincertitude (lindétermination). Soit nous favorisons létude de la position de la particule ; elle prend alors une apparence corpusculaire, localisable dans lespace (tendance de la physique classique). Nous approchons plus le phénomène isolé, ce quil pourrait paraître être en soi. Ou alors, nous favorisons la vitesse et le déplacement ; la particule prend alors lapparence dune onde localisable dans le temps (tendance de la physique quantique). Cest alors une trace du phénomène dans son environnement (appelée fonction donde) que nous approchons. Nous ne pouvons pas favoriser les deux approches simultanément.
Examinons maintenant le rapport du Principe dHeisenberg avec la démarche photographique telle que je la conçois, démarche pratiquée tout particulièrement dans le reportage, au sens large du terme.
Jutilise, moi aussi, un instrument de mesure qui a besoin de lumière pour pouvoir observer les phénomènes, humains ou naturels, du monde. Cet instrument de mesure, lappareil photographique, perturbe. Nutilisant que très peu dartifices techniques (longue focale, super grand-angle, zoom, recadrage, etc.), le rapport que jétablis avec le phénomène observé reste souvent très proche de la vision humaine moyenne. Ne désirant pas non plus dissimuler mon activité de photographe, jai donc accepté la perturbation de mon instrument de mesure et lai assimilé à ma philosophie générale de prises de vues.
Jai constaté quil métait aussi possible de jeter plus ou moins de lumière sur lobjet de mon observation. Cette quantité de lumière sapparente à la plus ou moins grande distance que je désire garder entre le phénomène observé et moi-même. Plus je me rapproche, plus fine est ma compréhension du phénomène central de mon observation (un personnage particulier dans une scène de rue, par exemple) mais plus limitées sont les informations sur son cadre de vie, sur sa relation avec lenvironnement (les éléments signifiants de temps et despace). Par contre, plus je garde de distance entre ce phénomène central et moi-même, plus abondantes sont les informations sur son cadre de vie, sa relation avec lenvironnement, mais moins intime est ma compréhension de sa nature propre.
Je me trouve donc toujours dans lobligation, face à un phénomène donné - une scène de rue, un portrait, un événement de lactualité, un paysage, etc. - , de faire un choix. Soit je favorise un rapprochement avec le phénomène central de mon observation, il mapparaît alors, dans cette intimité, comme singulier, particulier, isolé dans linstant ; cest son état dêtre en soi que jappréhende. Ou alors, je favorise une certaine distanciation avec ce phénomène et décide dincorporer plus déléments signifiants du cadre de vie spatio-temporel. Il mapparaît, dans cette mise en perspective, comme lélément dun tout, en mouvance dans son environnement ; cest son état dêtre en relation que jappréhende alors.
Nous en arrivons maintenant à une question fondamentale car récurrente à chaque déclenchement. Quand choisir une approche plutôt que lautre ? Qui choisit ?
Il est évident que certaines scènes se prêtent plus facilement à une approche plutôt quà lautre. Tout comme certains photographes ont tendance à en favoriser une et abandonner lautre. Néanmoins, je pense que le choix est doublement dicté. Premièrement, par la nature du phénomène lui-même. Une scène possède en elle-même un potentiel expressif qui sera mieux mis en valeur suivant une des deux approches. Mais attention, une scène donnée justifiera sans doute un choix dans linstant mais peut-être un autre dans linstant suivant. Pour une même scène, le choix dun photographe ne sera pas nécessairement le même que celui dun autre. Ceci nous conduit à la deuxième force en jeu dans le choix dune approche : le photographe lui-même. Il peut paraître légitime daccorder à ce dernier, en sa qualité de créatif, une liberté totale dans son choix. Néanmoins, il y a deux facteurs qui doivent linfluencer. Dune part, il nest pas le seul à décider ; comme nous lavons déjà dit, la scène réclame aussi son droit à la parole. Dautre part, il ne doit pas, sous peine de tomber dans les multiples travers des trucs, habitudes stylistiques et autres, être prisonnier de ses tendances, quelles soient innées ou apprises, ni même justifiées par des réussites répétées et généralement appréciées.
Le photographe a besoin de rester dans le doute*.
Il est temps maintenant de revenir au Principe dincertitude dHeisenberg car cest ici quil sinscrit le plus subtilement dans la démarche photographique. Ce principe nous a appris que nous ne pouvons pas favoriser les deux approches simultanément. Il y a un choix à faire, mais, de toutes façons, le choix ne représente pas une décision absolue. Il est toujours caractérisé par lincertitude. Cest comme si entre les deux choix, il y avait une zone incertaine - et lon sait que lincertitude ne rassure pas - mais qui représente néanmoins la possibilité dapprocher une compréhension plus vraie dun phénomène. Ainsi, cest dans lacceptation et lassimilation, par le photographe, de la nature limitée et incertaine de toutes approches que la capacité de choisir réside. Lincertitude garantit la tension nécessaire au choix dun regard qui sera souvent, dans son expression photographique, teinté déquivoque. Cest dans lexploration de cette zone dincertitude face à mon sujet que je ressens la possibilité dapprocher le plus possible une limite acceptable dans ma compréhension de celui-ci. Cest en cela que consiste, pour moi, la recherche de la distance minimale.
* Le doute garantit au photographe lhumilité nécessaire à toutes approches dune compréhension de la réalité. Le reportage pris sur le vif foisonne doccasions dêtre incertain. Cest avec lenteur et discrétion, sans jugement mais avec respect, que le photographe ose regarder et essaye de saisir, dans cette approche presque amoureuse, ce qui pourrait être la base dune compréhension.
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