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Jaimerais ici commenter brièvement ces trois mots et leur relation avec la pratique photographique telle que je la vis.
Commençons par le ON. Grammaticalement, ce pronom est unique car paradoxale. Bien que singulier comme il, on ne peut cacher son caractère pluriel. Le bon langage lui préfère nous mais contrairement à ce pronom, qui affirme son identité dans son opposition à vous (comme je le fait avec tu, au singulier), on affirme la sienne en laissant les entités opposées qui la composent sexprimer dune voix singulière. On crée ainsi une nouvelle entité où les opposés, coexistant sans renier leurs différences, bénéficient du potentiel expressif propre à lindividu.
Quand je photographie, cest ce on vers lequel je tends. Madresser au monde par la démarche photographique, cest essayer den proposer une interprétation dans laquelle la pluralité du monde (moi compris) trouve, par lobjet photographique, une possibilité de sexprimer créativement à travers le regard singulier qui est le mien. Autrement dit, cest essayer de donner une voix singulière à un monde pluriel, une expression personnelle à une entité commune, une approche particulariste à une réalité universaliste.
Le verbe être, ici dans sa troisième forme singulière EST, symbolise, à lui seul, le but de la vie humaine. Être, tâche qui nous est attribuée par la vie sans notre consentement préalable, se révèle, avec le temps, une opportunité unique de confirmer, cette fois volontairement, la magnifique potentialité humaine à être soi-même. EST connecte alors deux forces aux dimensions dapparences inconciliables : la première, lêtre du monde, force créatrice de vie et à caractère universel, et la deuxième qui nest autre que le destin particulier de lhomme à personnaliser la première en se lappropriant.
La photographie, qui réclame plus dacuité quune simple conscience passive des choses, mentraîne dans lexpérience de lêtre du monde. Pour y trouver ma place, cest alors au sein de ma propre sensation dêtre que je dois, plus profondément, puiser. La démarche photographique qui culmine dans le déclenchement est une manière, unique en son genre, détablir la connexion entre ces deux forces de lêtre. Le résultat est une sensation dêtre à une puissance supérieure.
Pour conclure, LÀ est lendroit où nous vivons. Cest évidemment le monde dans son ensemble mais aussi et surtout le point, bien précis et tout à fait unique, dans lespace et dans le temps, que nous occupons. Cest de ce là que jexpérimente le monde, là où personne dautre ne peut le faire, à ma place et au même moment, de la même manière.
Photographier est une occasion détablir un regard avec une perspective unique sur le monde mais aussi, une manière de prendre ses responsabilités face aux événements qui se déroulent autour de notre là. Chaque déclenchement est une étape vers une expression aboutie de cette prise de responsabilités.
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