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Sur les feuilles de négatifs de Pierre, c'est de "trajets" dont il est question. Trajet sans doute d'immigrants de l'est à la recherche d'une meilleure vie à l'ouest; trajet vers un lieu propice à la récolte d'un moyen alternatif d'existence; trajet de retour vers une maison probablement pas assez grande mais certainement plus salubre que celle laissée derrière, au pays. Mais il est un trajet aussi que la photographie permet au jeune photographe de parcourir. Celui qui l'emmènent, pour la première fois vraiment, en dehors de chez lui. Non pas qu'il n'ait pas déjà voyagé - quel jeune en est aujourd'hui privé ? - mais la photographie permet à l'homme en devenir de quitter le nid douillet de la maison parentale, de s'extraire de la sécurité du connu et d'aller à la rencontre de cet autre monde, celui où justement l'autre - le différent de tout ce que l'on est - habite. Sans l'appareil photographique, la rencontre avec ce monde n'aurait probablement jamais eu lieu et je peine à imaginer que la table à dessin d'un étudiant en architecture aurait pu, si cela avait été la direction prise par Pierre dans ses études supérieures, conduire jusque là avec autant de rapidité. L'appareil photographique, qu'il soit prétexte, cachette ou bouclier, camouflage de timidité ou voile d'invisibilité, rend cette rencontre si pas certaine, en tous les cas, plus probable. Il est un pont, un trait d'union, un point d'ancrage entre soi et le non-soi, justement là où, sans lui, un jeune homme de 18 ans comme Pierre ne penserait jamais se rendre.
Pierre Liebaert est étudiant en première année de photographie au 75 à Bruxelles. Il est aussi un de mes proches voisins.
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